Travail des étudiants

Hiroshima Mon Amour

Lisa Rowe

Dans le film “Hiroshima Mon Amour” le thème de l’amour impossible a plusieurs niveaux. Tandis qu’il y a l’obstacle évident de la séparation des amants à cause du fait que l’un vit en France et l’autre au Japon, cette séparation est secondaire aux autres problèmes qui empèchent les deux de partager un futur de couple.
L’impossiblilité de cet amour se situe dans l’importance de la mémoire et des souvenirs de ce que Hiroshima symbolise pour chacun des personnages. Ces souvenirs, qui sont une des seules manières que les deux personnes peuvent commencer à se comprendre et à se connaitre, sont liés à qui ils sont dans le présent, et les souvenirs sont tellement individuels que plus ils sont ramenés à la vie, plus ceux-ci séparent les amants.
Les premières scènes qui nous présentent les amants dans le film les montrent au lit, faisqut l’amour. C’est dans ces scènes de contact physique que les personnages peuvent s’aimer, dans le silence, mais au moment ou ils commencent à parler et à partager leurs histoires pour mieux se connaitre, cette jonction est brisée. La femme est, il semble initiallement au spectateur, quelqu’un qui n’attache pas trop d’importance à partager une nuit avec un homme quand elle est dans un pays étranger: elle nous est présentée comme une comédienne qui a l’habitude d’avoir de courtes liaisons amoureuses sans attachements moraux ni sentimentaux. Elle essaye de se débarasser de l’homme en lui disant qu’ils ne se reverront jamais, mais au moment ou il la suit au site du film qu’elle est en train de tourner, et puis, quand elle retourne avec lui à sa maison, leur relation prend un ton different. C’est là que la situation de la séparation spatiale de ces personnages comme impédiment à leur amour prend un pas en arrière et que la réalité et la complexité de l’impossibilité de leur amour se manifestent. L’homme lui demande ce qui s’est passé à Nevers pour qu’elle en ait la volonté de ne jamais plus y retourner. Elle devient plutot défensive, mais il est curieux à propos de cette période dans sa vie car il dit qu’il voudrait commencer à la connaitre à un moment où elle n’appartenait pas encore à personne. A cause de ce que la femme avait dit de cette periode de sa vie (pleine de folie), cela semble assez innocent, mais ce que l’homme ne sait pas, c’est qu’il a choisi de lui faire remonter des souvenirs du temps qui la changea pour le reste de sa vie et qui la rendront incapable de l’aimer.
Il est intéressant de penser aux motifs de la femme de partager son passé avec cet homme qu’elle vient de rencontrer. Après tout elle dit comme lui, qu’elle est joyeusement mariée, et pourtant elle lui dit qu’elle n’a jamais raconté l’histoire de ce qui s’est passe à Nevers à personne d’autre, même pas à son mari. Le fait qu’elle n’a pas partagé avec son mari l’histoire de son passé nous montre que cette femme a été tellement brisée par les évènements à Nevers qu’elle n’a pas pu trouver l’amour depuis: son mariage semble être convenant et inoffensif au souvenir de l’Allemand, et donc n’est qu’une relation assez superficielle.
La femme a gardé ses souvenirs à elle, et donc, quand elle trouve quelqu’un qui veut entendre son histoire, la question qui en sort est si elle peut finalement laisser son passé en paix et commencer une nouvelle aventure amoureuse, ou est-ce que la résurrection des sentiments du passé encombrera son futur aussi? Tandis que l’homme Japonais pense qu’en découvrant les horreurs que la femme a souffert à Nevers, il pourra se rapprocher d’elle pour qu’ils puissent partager une connaissance commune du passé, elle n’a pas les mêmes intentions. Il semble que la femme est à la recherche de quelqu’un sur qui elle peut jeter les sentiments et les souvenirs d’un amour du passe, un amour qu’elle craint simultanement avoir oublié et qui l’empêche d’aimer à nouveau.
Cette importance de la mémoire et des souvenirs se manifeste peu à peu dans le film.
Le matin après que les deux personnages ont passé la nuit ensemble, elle le regarde dormir, et le mouvement de ses mains dans son sommeil la fait penser à son amant allemand, la perturbant pour quelques moments. Le fait que la femme ne croit pas que cette liaison avec l’homme va durer, puisque’elle est censée partir le lendemain, fait qu’elle est capable de surpasser son souvenir de Nevers et continuer la matinée avec le Japonais. Pourtant, au moment où leur liaison devient plus qu’une seruple nuit ensemble, et quand l’homme déclare son amour pour elle, elle ne sait pas comment confronter la possibilité d’un nouvel amour. Depuis Nevers, elle n’a pas du confronter le passé en relation à un nouveau rapport avec quelqu’un , même pas son mari, et la combinaison des similarités entre le Japonais et l’Allemand et la provocation de souvenirs (par des questions de la part du nouvel amant) la forcent à intellectualiser ce qui se passe dans son présent, duquel le passé n’est pas détaché. Ou plutôt, pour la première fois depuis longtemps, elle a la possibilité de ne pas intellectualiser l’amour, mais plutôt de seulement le vivre, et celui-ci est quelque chose qu’elle n’a que vécu avec l’allemand. Puisqu’elle n’a pas été capable d’omettre la mémoire de l’allemand, tout ce que la possibilité de perdre la mémoire de son premier amour lui fait est de renforcer des souvenirs, ironiquement d’avoir peur d’oublier, et de confondre son rapport avec le Japonais avec ce qu’elle a vécu avec l’Allemand: donc, l’amour entre les deux est impossible à cause des souvenirs inoubliables.

Les souvenirs des deux personnages vis-à-vis la guerre sont très différents, et pourtant, ils les utilisent comme points de repère pour comencer à se connaitre: L’homme est détaché, presque historique dans son discours sur ce que Hiroshima signifia pour lui, et la femme n’a que des souvenirs très personnels, qui n’ont pas vraiment un lien direct à la bombe, donc ils n’ont pas vraiment un lien commun dans ce qui s’est passe au temps d’Hiroshima. L’homme a adressé ses souvenirs d”Hiroshima et de l’horreur que la bombe a représenté pour lui et sa famille, et donc il peut en parler comme s’il en était détaché. Il est ironique que le personnage qui est le plus capable et à l’aise avec l’idée d’adresser ses souvenirs reçoit le moins d’opportunités de le faire dans le film, tandis que celle qui ne veut pas confronter son passé parle de ses souvenirs pendant toute la durée de la narration. Tel que mentionné auparavant, ce sont les similarités entre le Japonais et l’Allemand qui la font penser au passé, et ses souvenirs sont involontaires, inattendus et donc déstructifs. L’homme n’a que ce que la femme lui dit pour la connaitre, et ce qu’elle lui offre comme témoignage est tellement personnel que ce n’est pas vraiment quelque chose qui peut servir de pont pour la communication. Ces souvenirs sont isolants, et l’homme ne peut qu’écouter son histoire, sans vraiment s’intégrer dans son passé ni dans sa vie. Elle lui dit “Je ne m’y attendais pas- comme je suis malheureuse”, démontrant qu’elle n’est pas préparée (en d’autres mots, elle n’a pas confronté son passé), et qu’elle n’est pas prête a partager son coeur à nouveau. Donc, les souvenirs ne les font que marcher en arrière.
Les deux personnages sont liés par ce qu’ils partagent, physiquement et en termes de souvenirs, mais ils sont séparés par ceux-ci aussi. La scène où ils retournent au bar, la nuit, et sont assis a de différentes tables le démontre parfaitement. Ils sont séparés, mais ne peuvent regarder personne d’autre. Il y a la l’impossibilité de leur situation, et non-seulement de leur amour, car elle s’est déjà trop attachée à lui pour le quitter, ni oublier ce qu’elle a partagé avec lui, mais elle est incapable d’être dans une relation amoureuse avec lui. Leur situation est impossible, car lorsqu’ il lui dit”J’aurais préferé que tu meures à Nevers”, et elle lui repond “Moi aussi”, la vérite est qu’elle mourut , en quelque sorte, à Nevers, puisqu’elle n’a pas pu vivre ni aimer depuis.
Il y a donc un déséquilibre dans leur relation, déjà, puisque les deux ne veulent pas la même chose dans leur interaction. L’homme veut aimer la femme, il veut comprendre qui elle est et d’où elle vient, mais la femme essaye de trouver dans l’homme un corps sur lequel elle peut projeter les souvenirs de ce qu’elle voit être l’amour, notamment ses souvenirs du temps qu’elle a passé avec le soldat allemand. Elle lui dit à un moment, “Tu me donnes l’envie d’aimer”, et là se trouve un des problèmes à la possiblité de leur amour. Tandis que l’homme aime la femme, elle est amoureuse de l’amour, de l’idée et du souvenir de ce qu’est l’amour, et non pas de l’homme lui-même. L’homme lui offre son amour, mais même si elle donnait une chance à leur relation, elle ne serait pas capable de retourner le degré d’intimité qu’il lui offre. Quand la femme dit qu’elle a tout vu a Hiroshima et que l’homme lui repond qu’elle n’a rien vu, cela concerne leur relation aussi : elle a vu l’homme japonais, et pourtant elle ne l’a pas vu du tout, car elle essayait de trouver en lui une réflexion de son amant allemand. Elle fut estropiée par l’amour avec l’Allemand, et donc ne peut pas être active dans leur rapport, et elle ne serait que le récipient passif des sentiments d’affection de l’homme. La supériorité de la femme dans le déséquilibre de leur rapport est démontré dans le film par le fait que sa voix domine dans la narration , montrant le fait que l’homme la suit comme une ombre, physiquement et en termes de narration.
Ce qui est assez frustrant dans le film, c’est qu’en présentant le personnage de la femme comme quelqu’un d’incapable d’aimer à cause des souvenirs d’un amour passé, elle devient exemptée de responsabilité pour la manière dont elle traite sa situation avec le Japonais. Lorsqu’elle est presentée comme quelqu’un d’inaccessible, le film est réduit à une histoire d’amour moins compliquée qu’elle ne l’est vraiment. En fait, l’amour impossible ne concerne pas l’amour de l’homme Japonais et de la femme française, mais celui de la femme et du soldat allemand. Cet amour est impossible à cause du fait que le soldat est mort, mais impossible aussi car ça a tellement marqué la femme qu’elle ne peut plus aimer quelqu’un d’autre que son premier “amant impossible”. Donc, l’homme Japonais n’est qu’un personnage secondaire dans le film, car elle n’est pas seulement incapable de l’aimer mais incapable d’aimer personne d ‘autre que son premier amant.
Le film se termine avec les deux personnages s’appellant Hiroshima et Nevers, respectivement, et qui sait si cela signifie qu’ils ont pu accepter qu’ils sont liés sans pouvoir s’en échapper et en même temps incapables de s’aimer totalement, ou s’il y a de l’éspoir pour eux, si la femme peut accepter son passé et si elle est enfin capable de laisser aller les souvenirs qui, jusque là, l’ont empêché d’aimer à nouveau?


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