Travail des étudiants

Richard Adair

Une scène de Pierrot le fou – le premier matin les deux sont ensemble.

Les aspects esthétiques.

Le temps est le présent, il n’y a pas de <<flashbacks>>. La scène a lieu dans un appartement assez simple. Les meubles sont fonctionnels plutôt que luxueux et même l’eau pour le café sort d’un tuyau d’arrosage. C’est un contraste en comparaison avec l’appartement luxueux de Ferdinand. Sauf pour une ou deux vues de la ligne des toits, une vue de Marianne sur le balcon et l’intrusion courte du tableau de Renoir, toutes les autres vues sont de l’intérieur de l’appartement. Il y a deux choses bizarres dans le décor qui restent apparrement inaperçues par Marianne et Ferdinand. Ce sont les armes et surtout un corps à plat ventre sur un lit avec du sang sur la tête et il semble que leur objet est de prévenir le spectateur de la violence qui pénétrera dans le reste du film et ils sont aussi un symbole de l’indifférence de tout le monde aux horreurs qui se voient sur la télévision.

Les éclairages ont l’apparence d’être naturels. Les costumes sont très simples, il porte un tee-shirt blanc tandis qu’elle porte une robe de chambre bleue qui contraste avec ses vêtements rouges dans le reste du film.

Les mouvements du couple sont contrastés, il reste immobile au lit avec une cigarette à la bouche mais elle s’affaire à faire la préparation du petit déjeuner et les autres travaux ménagers pendant lesquels elle chante une chanson d’amour.

Principalement la caméra reste tranquille en suivant Marianne comme elle se dirige autour de l’appartement. Il n’y a pas beaucoup de juxtapositions sauf pour une vue de Ferdinand de longue durée comme elle le verrait. On pourrait dire que la caméra la suit d’une façon affectueuse. Les deux surprises avec le montage pour le spectateur sont l’intrusion soudaine du tableau de Renoir et ce qui est plus frappant, où d’abord la caméra donne l’impression d’éviter de lui donner une vue à l’intériur du réfrigérateur, puis il trouve que c’est seulement un moyen pour cacher au dernier moment le corps sur le lit.

En général le rythme de la scène est réglé par la chanson et Marianne se dirige en suivant son tempo. Le début et la fin de la scène sont plus pensifs et donc ils sont plus lents.

Les transitions d’une scène à l’autre

Avec la scène dans la voiture et les promesses sexuelles de Marianne, qu’est-ce c’est que le spectateur attend au commencement de cette scène? C’est probablement une scène sexuelle et ardente ou, du moins, qu’il rentre chez lui. Plutôt, il trouve, du moins superficiellement, une situation de la vie de famille qui était typique des films de Hollywood à cette époque.

La transition à cette scène est faite par une chanson accompagnée d’une guitare qui chevauche ces deux scènes. La transition de la fin de cette scène à la suivante est faite en utilisant l’aird’ <<Au clair de la lune>> joué au piano et duquel le deuxième vers est <<mon ami Pierrot>> ce qui donne un lien à la scène dans la voiture où elle chante les mots <<mon ami Ferdinand>>.

La scène elle-même

C’est une scène d’amour qui réussit bien principalement parce qu’elle évite l’approche rebattue de Hollywood. Premièrement, il n’y a presque aucun contact physique entre les deux sauf qu’elle ébouriffe ses cheveux et elle lui donne un simple baiser. Normalement, on s’attend à un long enlacement qui termine avec un long baiser ardent. Deuxièmement, pendant qu’elle chante sa chanson d’amour elle fait les travaux normaux d’une femme qui comptent la préparation du petit déjeuner et l’arrangement de ses vêtements. De plus elle arrange sa coiffure. On s’attend à ce que pendant une chanson d’amour qu’on regarde toujours l’objet de l’amour mais pas ici. Malgré tout, il est évident qu’elle agit d’une façon affectueuse vers lui.

Pourtant, lorsqu’ on écoute les mots de la chanson, on trouve une situation très différente d’une scène d’amour normale. En réponse aux mots de Ferdinand qu’ils j’aimeraient l’un l’autre toujours, elle chante qu’elle ne dit jamais qu’elle l’aimerait toujours. De plus, elle chante qu’ils ne font aucun engagement parce qu’ils sont très conscients de leurs tempéraments et que leur amour est sans lendemain. Donc la scène met en question la vue habituelle de Hollywood de la permanence de l’amour sentimental.

La chanson dit aussi que leur amour a grandi de leurs rapports sexuels. C’est vrai que le film a paru être fait pendant la révolution sexuelle mais jusqu’à cette époque et même quelquefois pendant la nôtre, les deux mesures de comportement sexuel imposent qu’une femme fasse l’amour seulement avec son mari ou au moins avec un homme qu’elle aime; en d’autres cas on dit qu’elle est une putain. Donc leur comportement est l’inverse de ce qu’on trouve dans un film conventionnel à cette époque.

A un autre niveau, Marianne joue peut-être un rôle. Achète-t-elle une position dans la société en retour des faveurs sexuelles qu’elle a promises dans la voiture et en jouant le rôle d’un serviteur pour lui? Il ne fait rien tandis qu’elle travaille. Godard s’est beaucoup occupé avec le thème de la prostituée dans ses films.

Peut-être encore, est-ce qu’elle joue un autre rôle un peu différent? C’est peut-être le rôle stéréotypé des femmes qu’on voit dans la publicité à la télévision pour les détergents, les réfrigérateurs ou les maquillages. C’est un rôle de la femme parfaite et pleine d’égards. On a déjà vu beaucoup de publicité visée aux femmes dans ce film.

Donc, le sens de la scène est ambigu et cette incertitude est parallèle à la survie à long terme des rapports entre les hommes et les femmes. On le voit dans les mots de la chanson discutée ci-dessus et où Ferdinand dit qu’ils savent s’ils aimeront dans 60 ans.

Finalement, la scène est structurée pour évoquer un sentiment d’unité au prix de l’idée de la fidélité à long terme : au commencement de cette scène elle dit <<On verra bien>> et puis à la fin elle dit <<On va bien voir>>.

En résumé, c’est une scène-clé parce qu’elle montre le recommencement du rapport entre Marianne et Ferdinand qui forme la base du reste du film. Selon moi, c’est une scène très originale de l’amour, pourtant en même temps, Godard semble questionner le rôle des femmes dans la société et la possibilité des rapports affectueux à long terme.


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Authorised and Directed by Prof. C. Nettelbeck, Dept of French
Designed and programmed by Craig McArthur, Horwood Language Centre

Copyright University of Melbourne 2001