René Clair

Sous les toits de Paris (1930)

Sous les toits de Paris, créé par René Clair en 1930, marque le vrai début du cinéma sonore en France. L’histoire est celle d’une certaine bohème parisienne – cette population de pauvres, d’artistes, d’étrangers, d’escrocs qui habitent au dernier étage – sous les toits – des immeubles des quartiers délabrés. Albert (Albert Préjean), poète et chanteur des rues, tombe amoureux de Paula (Pola Illery), une immigrante roumaine qui, à son tour, est poursuivie par un gangster, Fred (Gaston Modot). Albert et Pola vivent quelque temps ensemble, mais Albert sera emprisonné pour un vol qu’il n’a pas commis, et son meilleur ami, Louis (Edmond Greville) va séduire, et sauver, Paula. Albert, libéré, sacrifiera son amour à l’amitié, et retournera à la chanson.

Si l’intrigue a beaucoup daté, Sous les toits de Paris reste un film étonnamment jeune comme exemple d’un cinéma qui pousse à la limite ses propres possibilités d’expression.

Clair soumet sa caméra à un régime extrêmement varié, diversifiant la longueur et les angles des prises de vue et multipliant les déplacements pour cerner, d’une façon très subtile, les rapports entre les personnages, l’espace où ils vivent, et le passage du temps. Une séquence emblématique: celle où on voit Albert et Paula, qui se boudent, séparés par le lit où chacun refuse de se coucher. Clair travaille également la piste sonore d’une façon originale et probante: il filme des conversations qu’on ne peut pas entendre (mais qu’on comprend quand même); il compose des séquences presque sans lumière, où la signification se transmet uniquement par un collage de bruits que le spectateur doit décrypter; il rattache la narration à une série de chansons, jouant sur le rythme et le volume de la musique pour moduler l’impact des images.

Le film commence par un long et gracieux travelling où le regard de la caméra descend d’une forêt de cheminées vers la rue. Il se termine sur un mouvement inverse. En cadrant son histoire de cette façon, Clair célèbre le cinéma comme un pouvoir presque surnaturel qui peut captiver l’imagination du spectateur en saisissant tout le mouvement et toute la complexité d’une tranche de vie.


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Authorised and Directed by Prof. C. Nettelbeck, Dept of French
Designed and programmed by Craig McArthur, Horwood Language Centre

Copyright University of Melbourne 2001