Alain Resnais

Hiroshima mon amour (1959)

bien regarder, je crois que ça s’apprend
"Elle"

Le film entier est fondé sur la contradiction. Contradiction de l'oubli
indispensable et terrifiant, d'un destin aussi singulier sur un fond aussi
collectif, de la guerre qui sépare et réunit, des personnages qui, sur un ton de
récitation lyrique, composent leurs gestes mais essaient de conserver la vérité
du cœur, et qui peuvent apparaître, selon les phrases et les heures,
authentiques ou mythiques
.

Alain Resnais, Le Monde, 10/11 mai 1959

De passage à Hiroshima où elle joue dans un film anti-nucléaire, une actrice française (Emmanuelle Riva) rencontre un architecte japonais (Eiji Okada). Tous deux sont mariés, mais ils passent la nuit ensemble, échangeant leurs pensées et leurs souvenirs. Lui, c'est ‘Hiroshima’ et la catastrophe apocalyptique de la bombe atomique. Elle, c'est ‘Nevers’ lieu de son premier amour de jeune fille pendant la deuxième guerre mondiale – un amour scandaleux, interdit (il s’agit d’un soldat allemand, tué à la Libération)- et de ses souvenirs de femme tondue, à moitié folle, enfermée par ses parents dans une cave. Mais les catastrophes, grandes et petites, passent avec le temps, et l'un et l'autre oublieront. Et parce que le présent d'aujourd'hui sera le passé de demain, ils devront se séparer…

Ce très beau film en noir et blanc, dont le scénario est signé par Marguerite Duras, constitue une méditation à la fois fascinante, inquiétante et pénétrante sur le statut et la puissance des images et sur les fils tordus, entrelacés, du temps: celui (horizontal) de l’histoire avec son "inexorable" ligne droite et celui (vertical) de la mémoire et des souvenirs. A travers ses déroutantes juxtapositions d’images (corps brûlés et irradiés, peau lisse de deux corps qui s’aiment, rues et espaces divers d’Hiroshima…), ses retours en arrière, son emploi de la voix-off et de la musique, et son emploi obsédant du travelling, Hiroshima mon amour est un film qui brouille la ligne entre actualités, reconstitutions, fictions, et souvenirs personnels. C’est une oeuvre qui, selon Jean-Pierre Jeancolas, constitue "une borne frontière qui sépare en deux le temps du cinéma. Il y a l'avant-Hiroshima et l'après. Après, les regards étaient différents".


Travail des étudiants


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